Il arrive qu'un métis sur revendique une de ses deux appartenances
Et se voie d'une couleur différente de la sienne.
Métissage
La mode a beau célébrer une humanité arc-en-ciel sur les podiums, et la France fêter l'abolition de l'esclavage le 10 mai, être métis n'est pas si facile. Car les enfants issus de couples mixtes se construisent dans un entre-deux identitaire, entre leur père et leur mère.
ALEXENDRA a 26 ans et vit depuis neuf ans à Paris:
<<Jusqu'à l'âge de six ans, j'étais persuadée que j'étais noire:
Ma mère est noire et j'ai grandi parmi les Noirs, en Guadeloupe.
Un jour, j'ai demandé à mon père, normand:
<<Pourquoi tout le monde dit que je suis blanche ?>>
Il a éclaté de rire: <<Mais parce que tu ES blanche !>>
C'était horrible ! J'ai cherché désespérément une solution pour redevinir noire ...>>
Pour Yannick Noah bien sûr, les choses sont plus simples.
Dans son tube de l'été, le plus aimé des Français peut sans problème chanter:
<<je suis métis, je viens d'ici et d'ailleurs (...) Un sentiment basique, un élan, une chance ...>>
De même que les manequins métis peuvent vanter la ''richesse de la double culture'' ...
Mais pour les "vraies gens", la réalité est moins légère.
L'histoire ne surprend pas la psychanalyste martiniquaise Jeanne Wiltord:
<<Toute mère fantasme son enfant. Du coup, le bonheur d'être parent n'empêche pas la déception:
l'enfant est un autre. Avec un bébé métis, la prise de conscience est parfois plus violente encore
car la mère ne se reconnaît pas dans son enfant.>>
Comment le métis acceptent-ils cette différence avec l'un des deux parents, voire les deux?
Se construisent-ils dans un entre-deux identitaire ou choisissent-ils un camp ???
De fait, il est fréquent qu'ils sur-revendiquent l'une de leurs appartenances et
qu'ils se perçoivent du coup d'une couleur différente de la leur.
<<Le discours sur la richesse du métissage m'énerve, lâche Alexandra. Car c'est toujours un choc pour une mère de ne pas avoir un enfant de la même couleur qu'elle. Même lorsqu'elle s'y attend.
La mienne, ça l'a traumatisée... Et elle n'a pas su s'occuper de moi.>>
(moi perso je n'ai pas eu se problème!!!)
Son père en revanche, pourtant peu enclin au départ à assumer cette paternité surprise,
a été ravi de pouponner cet enfant blanc qui lui ressemblait...
''DOUBLE APPARTENANCE''
Ainsi Jenny, ravissante jeune fille de 20 ans, dont le père est métis-malien et la mère française:
<<A mes yeux je suis blanche!!! J'aime le boeuf bourguignon, les déjeuners en famille chez ma grand-mère le dimanche, et les garçons blonds aux yeux bleus!
Je ne me sens pas concernée par les discours des gens de couleur...
La mienne ne m'a jamais gênée, même si, c'est vrai, je porte de faux cheveux lisses car les miens font trop africaine...>>
Selon Marie-Rose Moro, professeur de psychiatrie de l'enfant à l'hopital Avicennes,
tous les enfants, à un moment donné, souffrent de cette double appartenance.
<<Il n'y a pas plus conformiste qu'un enfant, surtout vers 7 ou 8 ans. Il est plus facile pour lui de se construire sur <<du même>> que sur <<du différent>>. J'ai eu le cas d'un petit garçon métis de 7 ans qui ne voulait plus aller à l'école et s'évanouissait si on le forçait! C'était sa mère qui l'amenait et on a compris: il ne voulait pas que ses copains voient qu'elle n'était pas de la même couleur que lui. Il a résolu son conflit en imaginant que sous sa peau noire, sa mère était blanche... Et tout est rentré dans l'ordre! >>
A l'adolescence ensuite, quand le besoin de s'affirmer explose, les métis ont un terrain de conflit tout trouvé. Ils s'emparent de la culture d'un de leurs parents et la brandissent comme un étendard, quitte parfois à tomber dans l'excès... Selon leur origines, certains se font des tresses africaines, s'habillent en boubous, défendent un islam extrémiste malgré des parents laïques, ou ne jurent plus que par le bouddhisme et la méditation..
<<C'est un besoin normal de transgression, analyse la psychiatre. Heureusement, il suffit souvent que
Les parents dédramatisent ce passage pour que l'adolescent lâche ses positions provocarices.>>
Cette intervention familiale est d'autant plus importante que le mal-être du jeune provient le plus souvent du silence d'un des parents sur sa culture d'origines, du mépris (apparent) dans lequel il la tient, ou encore de l'entreprise de dénigrement menée par la famille de son conjoint.
Or l'enfant n'est évidemment pas seulement le produit d'un mélange de couleurs, il est surtout
la synthèse de deux univers, dont il a également besoin pour se construire.
Carmen, 36 ans, Eurasienne française de mère espagnole et de père vietnamien (!), a mis du temps à s'approprier ses origines. <<Mon père ne m'a quasiment jamais parlé du Vietnam.
Il aurait pu être d'origine lunaire, ça aurait été pareil! Ca nous a éloignés je crois. On se parle très peu...
Pourtant, avec le temps, je reconnais en moi - ou je veux reconnaître - des caractéristiques asiatiques: le détachement, la patience, la méticulosité... Mais mes yeux bridés, je ne les vois pas! >>
<<Attention toutefois à ne pas psychiatriser le métissage, prévient Marie-Rose Moro.
Le plus souvent, lorsqu'ils ont dépassé leur vulnérabilité, au moment de leur construction,
Les métis puisent leur force dans leurs deux cultures.
Ils s'inventent un univers, une sensorialité culturelle !!
Etre métis devient alors une vraie source de liberté et de créativité !! >>
Anne Taverne
article extrait du journal: LE FIGARO